Edito

La bête mute. Alors qu’on la pensait stable et plus ou moins définie, la voilà qui se met à renifler là où on ne l’attendait pas. Son territoire usuel, marqué au fil du temps grâce à l’agilité d’une patte arrière toujours aussi souple, est bien là. En effet, on retrouve des vieux grabataires sortis de la scène musicale expérimentale, comme Phill Niblock, ou rescapés d’une pseudo-scène punk, comme Martin Rev ; alors que sur les écrans, on alterne le cinéma de genre qui sent la naphtaline, voir pour cela notre hommage à Michael Armstrong, et les expérimentations visuelles audacieuses. Celles-ci, personnifiées par l’Autrichienne Billy Roisz et l’Américain M. Woods, ont pour une fois le bon goût de s’intéresser à des auteurs contemporains.
Alors oui, on rigole de cet éternel gag nul à propos du programme du LUFF constamment tourné vers le passé, il n’empêche que plein de jeunes vont égayer les écrans et les soirées. Il y a les punks de Cuntroaches, le vidéaste philippin Khavn, la truculente Bonnie Jones qui perd les pédales, les philosophes d’Infecticide qui cherchent la bagarre… Bref, cinéma/musique, au final c’est toujours un peu la même rengaine. Et on l’aime bien cette rengaine. Tandis que du côté de L’OFF se trame un truc bien plus bizarre. Là, la truffe humide détecte enfin de nouveaux territoires puisqu’on va se pencher sur les économies alternatives dans la culture. Des conférences, des discussions, des films, des trucs sérieux, et tout ça au cinéma Oblò, permettront d’alimenter une réflexion autour de ce sujet qui — au premier abord — peut sembler « étranger » au sein d’un festival subventionné par la Ville, le Canton et la Loterie Romande.
Tournons-nous maintenant du côté de LUFF.FM, notre radio éphémère présente sur les ondes et sur le ouaib, et qui revêt des atours socio-politiques puisqu’il a été décidé d’en exclure l’espèce visiblement dominante : le mâle hétérosexuel blanc. Pour un festival fondé par l’un d’eux, avouez que c’est tout de même cocasse, voire audacieux. Cela fait partie de la mise en place des stratégies instables servant à bousculer les positions qui cherchent la stabilité dans une morale ou une essence des choses et des personnes. Jouer avec l’ambivalence poursuit un but d’émancipation. Il y a du jeu, de la friction, et chatouiller tout ce qui branle dans les mécanismes stabilisés permet alors de dégager une nouvelle place où tou.te.s nous devrions nous retrouver, et ce sans distinction aucune.
—Julien Bodivit, directeur artistique cinéma

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